Au fil de l'eau, des miettes de mon cerveau.

Par Enro, blogueur multi-récidiviste depuis 2003.

Des microscopes à Edimbourg

Dans son cours intitulé “Sciences, médecine et technologies à l’époque contemporaine”, Jean-Paul Gaudillière fera bientôt étudier l’article de L.S. Jacyna, « A Host of Experienced Macroscopists » The Establishment of Histology in Nineteenth Century Edinburgh, Bulletin of the History of Medicine, 75, 2001, 225-253. Un texte centré sur Edimbourg, donc qui nous intéresse.

À partir de 1830, le développement de microscopes de plus en plus perfectionnés fut au centre d’une révolution des pratiques médicales et anatomiques. En Grande-Bretagne, l’école de médecine d’Edimbourg servit particulièrement de centre de ralliement et mit en effervescence de jeunes médecins et anatomistes qui ramenaient des microscopes de leur séjour en France, en Allemagne ou en Autriche. Quatre individus se firent ainsi un nom : Allen Thomson (1809–1884), William Sharpey (1802–1880), John Goodsir (1814–1867) et John Hughes Bennett (1812–1875).

Mais au-delà de l’instrument lui-même, il fallait apprendre à s’en servir et si possible être doué. L’intérêt du microscope n’était pas non plus établi, d’éminents anatomistes comme Xavier Bichat mettant en doute la fiabilité de l’instrument (de la même façon que la lunette de Galilée fut questionnée à ses débuts). Mais la stratégie de l’école d’Edimbourg, qui fut d’introduire le microscope et l’histologie dans les enseignements de médecine, permit de former une nouvelle génération puis une communauté d’anatomistes dévoués à l’instrument. Ce que l’auteur appelle la “république microscopique d’Edimbourg”, mobilisant à son profit les institutions et sociétés savantes locales.

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Sir Patrick Geddes (1854-1932)

Sur le très bon blog d’historiographie des sciences, “Ether Wave Propaganda”, je découvre la biographie de Patrick Geddes. Né à Ballater, dans l’Aberdeenshire en Écosse, il a étudié à Londres avec Thomas H. Huxley (le bulldog de Darwin) et enseigna la zoologie à Edimbourg de 1880 à 1888. Étonnamment, il est mort à Montpellier en avril 1932, quelques semaines après être devenu Sir Patrick Geddes.

Mais son parcours recèle d’autres surprises. Pas convaincu par les thèses de Darwin, il était partisan de s’intéresser aux mécanismes de coopération et d’interdépendance, ce qu’il fait en passant par la parasitologie. Là, il s’aperçut que ce qu’on prenait pour de l’exploitation était souvent de la coopération ou “accomodation réciproque” comme il l’appela.

Affecté par un problème de vision, il dû abandonner les microscopes et le laboratoire pour se convertir à l’urbanisme et l’activisme social. S’installant dans un bâtiment commun (“tenement”) de la vieille ville d’Edimbourg (Old Town), il commença à améliorer l’état du quartier, établit des halls résidentiels et restaura un sentiment de communauté. Il acheta en 1892 l’Outlook Tower d’Edimbourg, que le sociologue Charles Zueblin qualifiera de “premier laboratoire de sociologie au monde”. Là, il profita de la vue panoramique offerte par la tour pour montrer aux habitants de la ville combien celle-ci est le produit de processus presqu’invisibles.

Un de ses livres les plus connus reste Cities in Evolution (1915).

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Brian Goodwin (1931-2009)

Spécialiste de biologie du développement et de biologie théorique, Brian Goodwin est mort au début du mois à l’âge de 78 ans. La nécrologie du Guardian nous apprend qu’originaire du Canada (Goodwin est né à Montréal), il a émigré en Grande-Bretagne pour étudier les mathématiques à Oxford puis faire sa thèse… à Edimbourg !

Là, il a pu travailler dans le laboratoire de l’embryologiste Conrad Waddington, le même qui provoquera la venu du jeune Jonathan M. W. Slack. Sauf que quelques années se seront écoulées et Slack raconte dans son autobiographie que “Waddington avait perdu tout intérêt pour l’embryologie et essayait de Sauver la Planète”. Un jour où il l’aperçut en séminaire (consacré aux effets d’un colorant cancérigène sur le développement des membres chez le lézard), il n’osa pas l’approcher et resta au loin, dans un mutisme plein de respect pour ce vieux professeur, auteur des Principles of Embryology (1956).

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"Edinburgh's Place in Scientific Progress", 1921

Un livre déniché sur une étagère de la Darwin Library, à Edimbourg.

D’après le compte-rendu paru dans la revue Nature le 15 septembre 1921 :

In this small volume of 263 pages we find  comprehensive epitome of what has been done by Edinburgh men and men traind in Edinburgh schools towards the advancement of science in all its recognised branches. (…)
Black, Rutherford, and Hope receive particular notice; the share the industrial chemists of Edinubrgh took, and still take, in the production of certain important drugs is duly chronicled, and also the remarkable work of James Young in initiating the manufacture of paraffin. (…)
Section 5, zoology, is from the pen of Dr. James Ritchie, who brings out (what is further established by the later articles on botany, geography, and medicine) how greatly the study of natural history was fostered by the teachers and students in Edinburgh’s medical schools. The most conspicuous names among these are Edward Forbes, Allman, Wyville Thomson, and charles Darwin, who spent two years studying natural science at Edinburgh. (…)
It is interesting to note that the first chair of medicine in the university was the chair of botany and medicine, and that the founding of this chair followed the institution of the “Medicine Garden”, which ultimately developed into the Royal Botanic Garden. (…) In section 8, on agriculture, Mr. J. A. S. Watson records the invention of the threshing machine by Meikle, of East Lothian, and the important work done by Shireff in the improvement of cereals. The Edinburgh chair of agriculture, founded in 1790, seems to have been the earliest in any country. (…)
The chairs of botany, natural history, and chemistry were all originally chairs in the medical faculty of the university, a fact which explains the valuable work done in pure science by leading Edinburgh physicians and others trained in the medical school; and the same keenness was shown down the centuries in the scientific study of anatomy, physiology, materia medica, and other branches of medical and surgical knowledge. (…)
The whole record of scientific work as presented in these contributions to “Edinburgh’s Place in Scientific Progress” is one of which any city may well be proud. The work done in Ediburgh and by Edinburgh men does not stand alone, but is closely linked with the labours of of science in other lands (…).

Je compte bien l’emprunter et en parler plus longuement ici…

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Le Rev. Dr John Walker à Edinburgh

John Walker (1731-1803) est un savant naturaliste injustement méconnu aujourd’hui, qui a marqué à la fois la collecte des spécimens (“muséologie”), la pratique sur le terrain et l’enseignement de la discipline. Il était en poste à l’université d’Edinburgh après y avoir été étudiant. Ses enseignements étaient riches et variés, et attiraient des étudiants du monde entier ainsi qu’un large public d’auditeurs libres. Surtout, l’agronomie y avait bonne place :

Aside from his university teaching and his assiduous curatorship, Walker lectured on agriculture (and popularly so) to that audience in late eighteenth century Scotland for whom scientifically-informed agricultural knowledge was, simultaneously, part of natural history as a particular intellectual discourse, a polite cultural interest, and a philosophical means to economic improvement.

(extrait de Withers, Charles. 1991. “The Rev. Dr John Walker and the practice of natural history in late eighteenth century Scotland”. Archives of Natural History 18(2): 201-220)

À lire également sur le sujet :

Withers, Charles. 1985. “A neglected Scottish agriculturalist: the geological lectures and agricultural writings of the Rev. Dr. John Walker (1731-1803)”. Agricultural History Review 33(II): 132-146

Shapin, Steven. 1974. “The audience for science in eighteenth century Edinburgh”. History of Science 12: 95-121

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Salisbury Crags, Edinburgh

Dans son autobiographie Egg & Ego, l’embryologiste Jonathan M. W. Slack raconte comment il en est venu à s’installer à Edimbourg pour sa thèse de doctorat :

I had studied biochemistry for my first degree and decided that I wanted to do a Ph.D. in something involving nucleic acids, because it was clear even then that they were the molecules of the future. I did it at Edinburgh University in Scotland. To go there had been an impulsive decision based mainly on the sight, from the Edinburgh Zoology Department, of some impressive cliffs called the Salisbury Crags in one direction and the sweeping scenery of the Braid Hills in the other. In those days, being young and revolutionary, I was unimpeded by considerations of career success and did not take much advice about where to go.

Or ces falaises, les Salisbury Crags, je les vois très bien depuis la fenêtre de mon bureau. On aurait pu rêver pire ascendance… et je comprends tout à fait ce qui fascina le jeune Slack.

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Matthijs Van Boxsel m’apprend ce qu’est la morosophie, un mot qui signifie littéralement folle sagesse ou folie sage et dont il s’est fait le spécialiste. Les morosophes, dit-il, sont “des savants dont la théorie est d’une absurdité confondante. Contrairement aux discours banals des créationnistes, ufologues et gourous du New Age, les études morosophiques sont si créatives et surprenantes qu’elles se chargent d’une dimension littéraire. Les morosophes apportent aux grandes questions des réponses aberrantes. Parle-t-on hollandais au paradis ? Les atomes sont-ils des vaisseaux spatiaux ? Le monde entre-t-il enfin dans sa phase Lilas ? Combien de chiens de berger se cachent dans un chien de berger ? Philippe Didion, Notules dominicales de culture domestique, n° 402
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Les effets de la relativité sur l’enseignant-chercheur sont tous vérifiables : son coeur bat généralement plus vite que la moyenne de la population active (l’absence de pratique sportive régulière accentuant généralement ce problème) ; les heures de cours sont toujours trop courtes pour qu’il puisse expliquer tout ce qu’il aurait voulu à ses étudiants, qui, d’ailleurs, sont toujours beaucoup plus loin de la chaire qu’il ne le souhaiterait ; enfin, les jours passant trop vite, il est toujours stressé par le retard pris sur un article à rendre dans des délais qui s’avèrent, de fait, impossibles à tenir. Sur le fait relatif du décret et de l’Université : GÉNÉRATION SCIENCE-FICTION
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Wanted: Mens kilt for pipers funeral

Vu sur la liste Freecyle/Edinburgh :

I AM ASKING FOR SOME URGENT HELP, MY GRANDFATHER PASSED AWAY ON WEDNESDAY AND HIS FUNERAL IS THIS THURSDAY, DUE TO HIM BEING A PIPER ALL THE MEN ARE WEARING FULL KILT OUTFITS. MY PARTNER IS FROM WALES AND DOES NOT OWN A KILT SO I AM ASKING IF THERE IS ANYONE WHO CAN HELP. MY PARTNER IS A 38 WAIST AND IS 5FT 10. IT IS JUST THE KILT THAT HE NEEDS AS MY FATHER HAS SHIRT, SOCKS ETC THAT HE IS BORROWING. CAN COLLECT ANYWHERE AND ANYTIME.

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Une ruelle typique d’Edimbourg (désignée sous le nom de “close”), en 1878 (via www.sc.edu)

Une ruelle typique d’Edimbourg (désignée sous le nom de “close”), en 1878 (via www.sc.edu)

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la science, au même titre qu’une culture, « nous possède » ; changer de paradigme, ce n’est pas seulement voir les choses différemment : c’est voir autre chose. ANTHROPOPOTAME: HDR intro 1er chapitre
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